Faut-il renégocier son contrat quand le nombre de jours travaillés par an 35 heures explose ?

Le régime des 35 heures fixe un seuil de déclenchement des heures supplémentaires, pas un plafond d’activité. Quand le nombre de jours travaillés par an dépasse largement ce que prévoit le contrat initial, la question d’une renégociation se pose, mais pas dans n’importe quelles conditions. Tout dépend du mécanisme juridique qui encadre le temps de travail : durée hebdomadaire classique, annualisation ou forfait jours.

Durée légale et nombre de jours travaillés par an en 35 heures : le calcul de référence

La durée légale du travail en France est de 35 heures par semaine. Ce chiffre sert de base au calcul du volume annuel de travail attendu pour un salarié à temps plein.

Le repère annuel utilisé dans les accords d’aménagement du temps de travail est de 1 607 heures. Ce seuil intègre les jours fériés, les congés payés et les samedis-dimanches non travaillés. Au-delà de 1 607 heures sur l’année (ou au-delà de 35 heures dans une semaine isolée, selon le mode d’organisation retenu), les heures effectuées sont considérées comme supplémentaires.

Le nombre exact de jours ouvrés dans une année varie selon le calendrier, mais il oscille autour de 228 jours avant déduction des congés. Après retrait des 25 jours de congés payés légaux et des jours fériés tombant sur des jours ouvrés, un salarié standard travaille environ 218 à 220 jours par an. C’est cette base qui doit figurer, explicitement ou implicitement, dans le contrat ou l’accord collectif.

Forfait jours : pourquoi la convention de forfait est le premier point à vérifier

Le forfait jours concerne principalement les cadres et salariés disposant d’une autonomie réelle dans l’organisation de leur emploi du temps. La convention individuelle de forfait fixe un plafond annuel, généralement 218 jours, au-delà duquel le salarié ne devrait pas travailler sauf accord exprès et rémunération majorée.

Salariée en réunion de renégociation de contrat avec un responsable RH dans une salle de conférence moderne

Plusieurs décisions récentes de la Cour de cassation ont durci les conditions de validité de ces conventions. Deux points sont devenus déterminants :

  • L’autonomie du salarié doit être réelle. Si un planning est imposé ou si les horaires sont prédéterminés par l’employeur, la convention de forfait peut être invalidée. Le salarié rebascule alors sous le régime des 35 heures avec la possibilité de réclamer un rappel d’heures supplémentaires sur les trois dernières années.
  • Un dispositif concret de suivi de la charge de travail doit exister. L’employeur est tenu de vérifier que le salarié respecte les durées minimales de repos quotidien et hebdomadaire. Sans ce suivi, la convention de forfait est privée d’effet.
  • La convention doit être formalisée par écrit et acceptée individuellement par le salarié. Un simple renvoi à la convention collective ne suffit pas si la précision du volume de jours ou les modalités de contrôle font défaut.

Ce durcissement jurisprudentiel signifie qu’un salarié dont le nombre de jours travaillés dépasse régulièrement le plafond du forfait dispose d’un levier juridique solide pour exiger soit une renégociation, soit une requalification de sa situation.

Heures supplémentaires et annualisation : quand le dépassement modifie la rémunération

En dehors du forfait jours, le dépassement du nombre de jours ou d’heures travaillés se traduit par des heures supplémentaires. La majoration légale est de 25 % pour les huit premières heures au-delà de 35 heures dans la semaine, puis de 50 % au-delà.

Quand l’entreprise a mis en place une annualisation du temps de travail par accord collectif, le décompte des heures supplémentaires se fait en fin de période de référence (souvent l’année civile). Le seuil de déclenchement reste 1 607 heures sur l’année. L’annualisation permet de lisser les semaines hautes et basses, mais elle ne supprime pas le droit aux majorations si le total annuel est dépassé.

Le problème survient quand le volume réel de travail dépasse systématiquement les prévisions de l’accord. Le salarié accumule alors des heures supplémentaires structurelles, ce qui pose deux questions : le contrat reflète-t-il encore la réalité du poste, et l’entreprise respecte-t-elle les durées maximales de travail ?

Renégociation du contrat de travail : ce qui relève du salarié et ce qui relève de l’accord collectif

Renégocier un contrat de travail ne signifie pas la même chose selon que le problème vient du contrat individuel ou de l’accord d’entreprise.

Le contrat individuel fixe la durée du travail, la rémunération et les fonctions. Toute modification d’un de ces éléments nécessite l’accord du salarié. Un employeur ne peut pas unilatéralement augmenter le nombre de jours travaillés sans proposer un avenant signé par les deux parties.

L’accord collectif, en revanche, est négocié entre l’employeur et les représentants du personnel (CSE ou délégués syndicaux). C’est cet accord qui détermine les modalités d’annualisation, de forfait jours ou de répartition des horaires. Un salarié ne peut pas renégocier seul un accord collectif, mais il peut signaler une non-conformité entre ce que prévoit l’accord et ce qui lui est réellement demandé.

Concrètement, si le nombre de jours travaillés explose, voici les situations qui appellent une action :

  • Le contrat mentionne un forfait de 218 jours et le salarié en travaille régulièrement davantage sans avenant ni majoration : la convention de forfait peut être contestée.
  • L’accord d’annualisation prévoit 1 607 heures et le salarié dépasse ce seuil chaque année : il peut réclamer le paiement des heures supplémentaires avec majoration.
  • Le salarié à temps partiel constate que son nombre d’heures réel atteint celui d’un temps plein : il peut demander la requalification de son contrat en temps complet.
  • L’employeur modifie la répartition des jours de travail sans respecter la procédure prévue par la convention collective : le salarié peut refuser cette modification.

Manager debout près d'une fenêtre de bureau consultant un calendrier surchargé sur smartphone, illustration forfait jours dépassé

Contester ou renégocier : quelle démarche choisir face à un dépassement du temps de travail

La renégociation suppose un dialogue. Le salarié demande un avenant pour ajuster la rémunération au volume réel de travail, intégrer des jours de repos compensateurs, ou modifier le forfait. Cette approche fonctionne quand l’employeur reconnaît le décalage et accepte de le corriger.

La contestation suit une autre logique. Elle s’appuie sur le fait que la convention de forfait est privée d’effet si les garanties légales ne sont pas respectées. Le salarié saisit alors le conseil de prud’hommes pour obtenir un rappel de salaire au titre des heures supplémentaires non payées. La prescription est de trois ans.

Le choix entre ces deux voies dépend de la réponse de l’employeur. Un refus de dialogue ou l’absence de suivi de la charge de travail renforcent la position juridique du salarié en cas de contentieux. En revanche, une renégociation aboutie évite un conflit long et préserve la relation de travail.

Avant d’engager l’une ou l’autre démarche, vérifier trois documents suffit souvent à poser un diagnostic : le contrat de travail (ou l’avenant au forfait jours), l’accord collectif applicable dans l’entreprise, et les relevés d’heures ou de jours effectivement travaillés sur les douze derniers mois. L’écart entre ces pièces et la réalité vécue détermine la marge de manoeuvre.

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